CHILOUM !
Hippies, la parenthèse enchantée
Chapître 1:
Un con... Le con d'Adèle...Visqueux et couinant sous ses doigts qui fourrageaient nerveusement dans la cressonnière. Tu parles d’un flash ! Ah, le ciel de lit ! Et tout çà en pleine nuit, en plein trip. C’est qu’on avait sérieusement bringué depuis la veille au soir. Pour se donner de l'appétit avant de tuer et de bouffer le requin que les pécheurs nous avaient filé... Pas un gros. Trois mètres environ. Mais une grande gueule qui se refermait dans le vide avec un claquement effrayant pendant qu'on tapait sur la tronche à coup de barre de fer...
Le requin... Le sang qui gicle... Les couteaux qui se cassent sur le cuir râpeux... Le feu... La grande lune sur la mer... Les grattements des cochons noirs qui me sucent les pieds... Et ce trou... Ce trou couinant, bavant... Sombre étoile accrochée au sommet de cette étrange voûte gothique... Etoile, blessure haletante... Avec la lune rasante qui plongeait vers la mer. Dans le compas des jambes de l'Adèle. Et les cochons noirs, les cochons de merde plutôt que de lait approchant leur tarin de mes panards et de l'oignon de l'Adèle... Ah ! le réveil en fanfare ! La vision... Pas de quoi te donner des ardeurs question radada !
J’ouvre les yeux sans bouger. Me faut un moment pour saisir. L’impression de faire un bad trip... Je reste sur le dos. J’attends.
Et les yeux de l'Adèle. Des charbons. Mais avec des reflets dingues. Et qu'elle haletait la grande ! Qu'elle prenait son fade. Un doigt de conduite. L’autocoïtpalmaire sous les palmiers ! Et sur mon compte encore ! Tu parles d'un honneur ! L’était à poil avec juste une kurta crado sur les épaules. Amaigrie. Ses cheveux noirs et longs lui bouffant le visage. D'en dessous je voyais que ces yeux et ce trou ! Nom de Dieu quel œil de Moscou ! Quel troisième œil ! Pas sorti du livre des morts tibétains celui-là... Made in Chicago, Illinois... Nourri au pop-corn, au T-bone steack dans un premier temps. Aux chapatis et au mutton-carri depuis quelques lustres.
Elle laisse son ouvrage à main pour un instant et se baisse vers moi. Elle a vu que je dormais plus. Je lui parle doucement. “ Adèle, va te coucher ”, que je lui dit. Pas comme on dit “ Allez, coucher ” à un chien. Mais gentiment. Tranquillement. Comme si rien n'était. Elle se baisse et me contourne à quatre pattes. Je laisse faire. Je laisse venir. D’abord parce que je fonctionnais à la vitesse d’un qui se réveille, et puis par une sorte de curiosité malsaine.
Elle vient à mes panards. Le gros cochon noir qui s'y intéressait, dérangé, se barre en gueulant. Elle sursaute. Ses mains touchent délicatement mes pieds. Toujours à quatre pattes, elle les embrasse. Je sens ses pognes qui poussent une caresse, un effleurement le long de mes jambes, réveillant au passage les démangeaisons d’anciennes piqûres de punaises. Elle écarte les pans de ma pelure en loup — un manteau que j’avais ramené de Srinagar, au Cachemire, et qui me servait aussi bien de fringue que de sac de couchage.
— “ Laisse tomber Adèle !” que je lui répète, mais sans conviction. “ Va te coucher… ”
Ce regard qu’elle me virgule ! Elle me fixe de ses yeux dilatés, étincelants maintenant avec la pleine lune lui arrivant droit dans la gueule. Un regard à la fois goulu et irréel. Effrayant et fascinant. Le serpent.
Pas décidée à se barrer l'Adèle.
Moi, j’essaie de poser les valises. Je sais pas trop comment faire. Je lui répète connement de se barrer, mais dans le fond j'ai envie que çà continue. Je le sens bien aux ardeurs qui montent dans ma tige.
Etrange.
Derrière, c’est la mer. A une cinquantaine de mètres. Après le redan de la plage de Calangute, domaine, en cette fin des années soixante, des hippies de Goa. Le bruit lancinant des vagues. Les barques de pêcheurs en silhouettes noires. Arachnéennes avec leur balancier. Massives à cause des paquets de filets qui les remplissent. Et les grands cocotiers qui éclatent en feu d'artifice infernal sur le ciel en demi-ton. Les cases en feuilles de palmiers tressées. Des piaules de pêcheurs investies par les beats.
Les mains de dingue de l'Adèle montent et descendent sur mes cannes. Une raffinée ! Flippée peut-être, mais raffinée! Ses yeux toujours vrillés dans les miens. Qu'est-ce que je pouvais faire ? Après tout merde, dingue ou pas, c’est une meuf ! Et y a qu'un pêché mortel au monde qu’il disait Zorba : c'est quand une femme t'appelle pour l'amour et que tu réponds pas...
Les mains calées derrière la nuque, pour avoir mes aises et profiter en plus du spectacle — mon côté voyeur ! — je laisse venir. Evidemment j’étais à poil. Tout le monde est toujours à poil à Calangute. Juste mon manteau de loup.
L'Adèle se coule sur moi en ondulant. Elle me caresse le ventre du bout des ongles. Quelle belle salope ! Si elle connaissait, la chienne! Calue mais foutrement sensuelle... Elle évite soigneusement de s’attaquer direct aux outils. Pour me faire mousser. Et elle y arrive la salope ! Je frétille comme un gardon... Elle se redresse d’un bond et s'assoit en tailleur à mes pieds, la chatte dans le sable. Elle arrache et balance sa kurta... Elle lisse ses cheveux devant sa gueule et ondule d'une épaule sur l'autre.
Depuis quelle a flippé, elle a morflé. Mais elle a encore de beaux restes... Maintenant, folle ou pas, j'ai pas envie de résister. Egrillard que je suis ! Avec la tige au garde-à-vous. Alors elle s’allonge sur mes jambes, prends mes baloches à pleines mains, comme dans une coupe et se met à table. Oh, la goulue! Une grosse mangeuse l'Adèle! Elle entreprend de me tailler une gauloise, quelque chose de pas ordinaire ! Du grand art ! Avec aller-retour sur la grande bleue, solo de trombone, trompette bouchée, petit pont, feuilles de roses. Bref, un complet. Barbe et cheveux... Sans rien laisser perdre... Le bindu, c’est précieux aux Indes !
Tout qui tourne... Le plaisir, la défonce, l’étrange de la situation, la terreur peut-être...
Elle se redresse, s'avance encore sur moi et s'empale fébrilement sur mon chibre tendu... Assise. Ses mains agitées de spasmes violents agrippées à mes flancs. Elle halète. Rauque. La tête renversée en arrière. Ses cheveux battant ses seins comme une queue de cheval au rythme de ses ondulations. Sa gorge blanche éclairée par la lune au ras des flots.
Effrayante. Fascinante. Ses dents qui grincent. Ses yeux qui roulent dans leurs orbites.
Elle se colle de tout son être à mon ventre, dans une tension de tout son corps, arc-boutée, les ongles plantés dans mes côtes. Dans un grand râle de femelle, elle semble vouloir aspirer toute ma viande dans son ventre... Elle m'arrache un grand spasme de plaisir.
Puis elle se dégage, brutale. Elle se dresse d'un bond au dessus de moi. Jambes toujours ouvertes . Elle met ses deux mains à son sexe, puis les remonte le long de son ventre, de ses seins, de son cou, laissant des traînées brillantes. Puis elle se barbouille le visage avec les restes chauds du plaisir...
Elle se laisse tomber à quatre pattes, à côté de moi. Elle regarde la grande lune et éclate de rire...
Un rire inhumain. Comme la plainte d'un chacal ... Haché... Entrecoupé de sanglots... Elle rigole et elle chiale... Le foutre, la sueur, les larmes se mêlent sur sa pauvre gueule ravagée...
Pffuit ! Merde... La descente. Effrayante et pitoyable l'Adèle. Elle me voit plus. J’existe plus pour elle. Je suis sorti d'un coup de son univers.
Qu'est-ce qui se passe dans sa pauvre tronche ramollie? Lucidité passagère ? Paroxysme de dinguerie ? Ah, le tableau, quand tu viens juste de te faire éponger… De quoi devenir parano ! Elle grince des dents. Sa carcasse amaigrie et osseuse tremble comme une feuille. Son rire, sa plainte monte dans les aigües puis se casse brutalement.
Crispante. Exaspérante. Comme la roulette du dentiste. Pas tenable. Envie de la balayer d'un coup de pied dans la gueule. De l’anéantir. De plus la voir. De plus l’entendre surtout. Plus l’entendre... Plus l’entendre…
Pourtant je bouge pas. Toujours sur le dos. Appuyé sur mes coudes. Je la regarde. Je la subis comme un con.
Enfin elle se lève d’un saut et se barre en courant. Dans les dunes. Vers la mer. Sautillant. Claudiquant comme un gnome. Fantôme blanc et maigre qui gueule et qui ricane...Je m’assois sur le cul, me tourne et la regarde disparaître vers la gauche. Vers le village…
SUITE dans le livre...
Livre actuellement en souscription: 12 €